PRINTEMPS 2025
Depuis le cadeau de Noël offert au monde par Michel Gorbatchev en 1991, les problèmes du concert des nations ont été presque routiniers.
Ici et là, on a observé de profondes crises économiques, des catastrophes majeures, des pandémies mortifères, des guerres régionales.
Au fond, ce fut le trottinement de l’Histoire.
Business as usual.
Aujourd’hui, Bukavu tombe après Goma ; les tigréens se tiennent cois ; Khartoum en ruines retourne aux mains de troupes régulières ; le Sahel reste en ébullition à feu doux ; Bolsonaro frise la prison ; Milei tronçonne ; le Salvador incarcère ; Maduro amuse le tapis troué ; Marcos observe l’horizon batave de son prédécesseur ; Poutine chasse ses angoisses sous les louanges de sa cour de spadassins pleutres et avides ; le Hamas, le Hezbollah et les Houthis pansent leurs plaies et baissent temporairement la tête ; la junte Birmane appelle la Russie et la Chine à l’aide ; le Japon, la Corée et Taïwan « serrent les rangs et les fesses » ; Modi reste matois et goguenard, sans rien lâcher ; Netanyahou s’éloigne de sa Justice ; la Syrie soulagée apprend dans le sang qu’il n’y a pas d’islamistes modérés ; les Ayatollahs affrontent une météo maussade ; Erdogan perd ses nerfs ; l’Ukraine se bat contre l’agresseur Russe et Biélorusse depuis presque douze ans ; la Géorgie est presque perdue.
Apéritifs qui ne sont rien à côté des banquets de la Maison Blanche.
Adossée à une base électorale sans précédent qui mélange les déclassés méprisés et inquiets aux hypers riches avides. Elle permet aux premiers la recherche d’un espoir ; fait miroiter aux autres un allègement de toutes les règles pour construire, pourquoi pas avec de l’argent public américain, des monopoles mondiaux.
En moins de cent jours l’administration Trump par ses menaces et pressions sur la presse, les juges, les fonctionnaires fédéraux a modifié les fondamentaux de la plus que bicentenaire praxis démocratique et bousculé sa vieille et éprouvée architecture démocratique. Dans le reste du monde par la menace, la trahison et l’insulte elle a bouleversé un système de forces et d’alliances plus que centenaire.
Notre confiance stratégique est brisée pour longtemps.
Cependant, l’élan encourageant actuel des démocraties reste fragile et l’unité d’action délicate à organiser.
L’essoufflement du modèle de l’État providence et les bouleversements nés de la révolution numérique sont-ils à la source d’un glissement mondial vers les dictatures ou ce que l’on nomme l’illibéralisme ?
On craint de répondre par l’affirmative.
La gestion stupéfiante des affaires publiques par la nouvelle administration de Washington est à la fois tsunami et révolution.
En début d’année on commence à Munich puis dans le bureau ovale, à toiser, admonester, menacer, ou humilier ses alliés historiques. Sans préavis, on poursuit à l’ONU par des votes qui sont des trahisons de frères d’armes.
Puis on agresse ses vieux alliés Canada, Danemark, Panama.
Pour faire bon poids enfin, on se livre à un chantage dirigé sur ses principaux partenaires commerciaux et alliés en ouvrant une guerre douanière, tandis que, parallèlement, on veille à adoucir les sanctions internationales pesant sur des pays agresseurs ex-ennemis de l’Amérique et de son bloc.
De leur côté les riches écornifleurs supporters du Président américain utilisent ce qu’il reste du poids de l’Amérique pour se livrer à des concurrences déloyales : aéronautique, espace, numérique, médecine et pharmacie, services.
Ils refusent transparence, contraintes règlementaires ou règles prudentielles ; sans négliger le pourtant honni recours à l’argent public interdit à leurs concurrents étrangers.
In fine, Washington arme sa politique monétaire pour renforcer les privilèges du dollar notamment en « filtrant » des scénarii visant à « rincer » les porteurs de T. Bonds. La réserve fédérale nous joue les turpitudes des emprunts des tsars auprès des épargnants européens. Tout cela, la main sur le cœur, en bons chrétiens donneurs de leçons de morale.
Le tout est coordonné, disruptif et violent, c’est un grand chaos.
Alors nous, les civilisés, on hésite, on n’y croit pas, c’est trop gros. Stupéfiés par la suffisance, l’arrogance, et les ignorances pratiques et morales de Trump et de ses épigones, la sidération menace. Du coup on oublie nos dangereuses et capitulardes « cinquièmes colonnes » armées par nos propres concitoyens, extrémistes de gauche et de droite qui caressent l’espoir d’une ultérieure « Collaboration » juteuse.
Le devoir des peuples éclairés, notre devoir, est de s’opposer et lutter fermement, au bon moment, à l’intérieur comme à l’extérieur, contre les attitudes belliqueuses actes et agressions violents, en respectant notre éthique démocratique, mais en acceptant d’avance le pire scenario : la guerre sur notre sol.
Faute de quoi les bouffons de Washington pourront faire graver « Vae Victis » sur la tombe de ce qui sera resté de l’Occident des lumières.
Debout.
Pierre Brousse
25 MARS 2025